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L'ÊTRE ET LE NÉANT

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En 1962, entre les tenants de l'apartheid (OAS) et ceux de la décolonisation (FLN) s'était immiscé un tiers séparateur, un médiateur externe capable d'imposer une différence entre les jumeaux de la violence. De Gaulle partageait avec l'OAS la même vision étroite d'une France ethnique, mais il avait compris que cette singularité n'était viable qu'au prix d'une séparation, d'une distinction, en un mot : d'une reconnaissance politique. Malgré ce que les vociférations d'un Sartre pouvaient laisser supposer, ce n'était pas le terrorisme qui avait gagné. C'était au contraire la capacité de mettre fin réciproquement à un récit dans lequel l'adversaire ne pouvait être représenté que comme terroriste et n'avait pas d'autre issue que de se conformer à cette représentation. La solution d'Évian était imparfaite, la séparation fictive (la suite le montra), mais elle avait au moins le mérite d'exister. Pour la dernière fois peut...

Tragique Espérance, une bouteille à la mer

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Ce livre ne se veut ni un brûlot, ni un pamphlet. Il ne contient aucune révélation, aucun scandale, aucune affirmation fracassante. Il se contente d'affirmer la primauté d'un "nous" en face de tous ces "eux" que nous serions tentés de nous fabriquer (politiques, médecins, oligarques...) pour ne pas voir que "ça" - je veux dire : tout ce qui nous est arrivé depuis trois ans - ne nous est pas tombé dessus comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, comme un complot ourdi par quelque puissance maléfique contre de parfaits innocents.   Il ne s'agirait pas d'en déduire, par symétrie trop facile, que "Tragique Espérance" n'est que béate utopie, refus masochiste de désigner l'adversaire, bêlant irénisme à renvoyer au passif d'une "morale d'esclave". Une telle "espérance" se définit comme "tragique" précisément parce qu'elle sait que toute culture et toute philosophie résultent de la di...

TRAGIQUE ESPERANCE

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Sortie août 2023 25 € (franco de port) - 298 pages Se procurer l'ouvrage, obtenir un bon de commande : bgirard.clgbogny@gmail.com (cliquer pour agrandir les vignettes)  

Au professeur inconnu du TGV 6103

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  Dans le TGV, à deux rangées de la mienne, un professeur corrige ses copies. Éternue. Sa voisine, la soixantaine décontractée, la dévisage d'un air subitement courroucé : "Est-ce que vous vous rendez compte ? Vous contaminez tout le wagon et vous ne portez pas de masque ! C'est donc à moi de me protéger de vous !" Le professeur, interloqué : "Mais Madame, c'est une allergie..." La covidiste : "Comment puis-je en être certaine ?" Le professeur : "Si vous êtes stressée à ce point, peut-être pourriez-vous rester à la maison ?" La covidiste : "Vous savez très bien que je suis dans mon DROIT." Puis se met à bouder, le masque jusqu'en haut du nez, et ne quitte plus des yeux l'écran de son téléphone portable. Parler du covidisme à froid, le décrypter comme langage, est une chose. Rencontrer le covidisme incarné en est une autre. Il ne faudrait pas que les joies de l'activité intellectuelle, le plaisir esthétique qui co...

FEU VERT POUR L'APOCALYPSE

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    "Sur la longiligne rue Victor-Hugo, deux feux à récompense, afin de respecter la vitesse de 50 km/h, viennent d’être installés."   La chose n'est pas nouvelle, mais la façon dont elle est représentée comme s'il s'agissait d'une évidence témoigne d'un basculement anthropologique d'une portée étymologiquement apocalyptique. Le signe ne se conçoit plus comme un chemin vers le sens, il vaut en lui-même comme "punition" ou comme "récompense". Je ne suis plus censé m'arrêter au rouge parce que cet automatisme facilite le passage de quelqu'un d'autre. Désormais, le feu rouge est pourvu d'une signification analogue au "couché !" que l'on interjette à un animal turbulent.   Si l'intelligence artificielle donne l'impression de si bien fonctionner, ce n'est pas parce qu'elle a atteint le niveau de l'intelligence humaine, c'est parce que l'intelligence humaine s'est dégradée elle...

Retour de Corse, Pâques 2023

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C'est à Sartène, une nuit de vendredi saint. La petite cité à flanc de montagne est illuminée comme un marché de Noël. Les pieds entravés, entièrement drapé de la tête au pied, le pénitent rouge traîne sa croix dans un sinistre crissement de chaînes. Toute la Corse s'est donné rendez-vous dans les ruelles qui rayonnent autour de Santa Maria Assunta . Agglutinée aux terrasses bondées des cafés et des restaurants, elle guette l'apparition de la silhouette sans visage. Fendue par la procession, la foule ondule dans son sillage, se disloque ici, se recompose un peu plus loin. Dès que les polyphonies lancinantes se rapprochent, chacun se précipite, brandit son téléphone, tente de trouver la meilleure pose pour capter l'instant. S i on pouvait les observer d'en haut, ces flux et reflux de grappes humaines formeraient l'impeccable chorégraphie d'une nuée d'étourneaux. A hauteur de caméra, la cinématographie généralisée de cette foule par elle-même ne représent...

« LE SIGNIFIANT TRANSCENDENTAL »

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Une interprétation mimétique de l’affaire De Fournas [1]   Au-delà du vrai et du faux , du bien et du mal , du juste et de l’ injuste , l’affaire « De Fournas » a surtout donné lieu à un déchaînement inouï de laideur, un mélange sordide de bacchanale et de farce. Le vote d’exclusion par « assis levé » ; la mine grave et compassée des parlementaires de la majorité ; la vidéo de la France Insoumise où l’on voit défiler des images sépulcrales au son d’une voix caverneuse qui répète « dehors… dehors… » ; les aboiements du député RN, Jean-Philippe Tanguy, qui tente de s’abriter sous le parapluie d’Israël pour renvoyer l’extrême gauche du côté d’Auschwitz ; Mathilde Panot qui hurle comme une poissonnière en sortant du bureau de l’Assemblée nationale… beaucoup de gens qui ne s’intéressent pas d’habitude à la politique s’y trouvent brutalement absorbés par la médiation d’images qui relèvent de la plus extrême vulgarité. Or, il est très di...