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"L'AN PROCHAIN À JÉRUSALEM"

  Sous les yeux de l'Occident terminal repassent à toute allure les fantômes de son histoire : crises de panique qui nous ramènent quelque part entre les angoisses de 1550, quand naquit l’État moderne dans les douleurs de ce qu'on appela rétrospectivement "les guerres de religion", et la "grande peur" de l'été 1789, quand les paysans allèrent brûler quelques châteaux désaffectés et firent place nette à la République bourgeoise.   Dans la reviviscence de nos ancestrales terreurs se mûrit le triomphe de nos prochains maîtres.    Meilleurs vœux, donc, pour cette année qui s'annonce "magique" sous tous rapports... Courage surtout à tous ceux qui vont essayer de rester droits, qui vont s'agripper au bastingage pour ne pas céder aux sirènes des "désangoissements" frauduleux que les tenanciers de l'Occident terminal ne vont pas manquer de vouloir nous refourguer en douce. La désarticulation de notre commun langage risque d'êt...

2025 : ENFIN, DES MOTS POUR LE DIRE ?

  Donc, puisque son salaire serait "piqué ( sic ) à quelqu'un d'autre", la contribution d'une infirmière à la société - cette même infirmière qui va peut-être sauver les Gave d'une apoplexie foudroyante le soir du réveillon - ne saurait figurer dans la comptabilité nationale autrement que comme une "charge", un "déficit" et une "dette".  Voilà ce qu'osent prétendre des individus qui, pour ce qui les concerne, se flattent de participer à la "création de richesses" alors qu'ils ne vivent que de dividendes, c'est-à-dire d'un impôt privé qu'ils prélèvent sur le travail des autres.  Je ne crois pas avoir jamais entendu exposer avec autant de candeur naïve le caractère à la fois burlesque et dramatique de l'imposture libérale. Prononcée de cette manière, la formule des Gave  est si choquante, si contraire à la plus élémentaire expérience de la vie, qu'elle se suffit à elle-même pour démontrer à quoi...

GAZA-HIROSHIMA : LA FIN DE LA GUERRE

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  Pour qu'il y ait "belligérance", il faut que s'affrontent sur un terrain militaire deux États mutuellement reconnus. Or, dans le cadre du conflit israélo-palestinien, c'est justement le statut d’État qui fait problème entre les deux parties. Et c'est cette dissymétrie qui donne tout pouvoir sur les mots à l'un des deux protagonistes. Comment reconnaître un État à une population qui couve le terrorisme en son sein ? Mais comment cette population pourrait-elle penser la distinction fondamentale du civil et du militaire quand son vis-à-vis lui refuse le statut qui donne un sens à cette distinction ? Dire de quelqu'un qu'il est "terroriste", ce n'est pas seulement porter sur lui un jugement moral, c'est créer les conditions dans lesquelles l'autre n'a pas accès au pouvoir de produire les distinctions qu'on l'accuse d'effacer. L'autre est donc refusé dans son altérité-même, privé performativement de son existe...

NOËL à MAGDEBOURG

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  Les informations qui commencent à circuler au sujet du "terroriste de Magdebourg" racontent quelque chose de fondamental qu'a vocation à masquer la querelle de chiffonniers entre l'extrême-droite (dehors les immigrés) et l'extrême-gauche (à bas l'AFD).   La gauche déconstructrice des années 60 était anti-chrétienne : elle se définissait par rapport à un signifié avec laquelle elle entretenait une relation de transgression consciente et riche de significations nouvelles. L'ultra-droite Bolloré est a-chrétienne : elle comble de signifiants creux et frelatés (un "marché de Noël", une "crèche" dans une mairie...) une complète évaporation du signifié chrétien. Rien n'est plus absent au christianisme que l'extrême-droite identitaire : il fallait peut-être un "athée saoudien" pour le faire savoir.   Comme individu sans passé ni futur, le "terroriste de Magdebourg" reflète une génération d'"athées pieux...

LE PEUPLE EN TROP

Voici le fascisme réellement existant : ce moment où les intellectuels du bloc central - tous ceux dont la science tautologique consiste à valider l'ordre existant parce qu'il est existant - viennent expliquer tranquillement sur les plateaux de télévision, sous le regard admirateur de l'officialité médiatique, avec les accents de la rationalité la plus implacable, du ton doucereux avec lequel se concède une évidence, que s'il y a un problème dans la société c'est parce qu'il y a des individus "en trop". Observez qu'il ne s'agit pas ici de Marine Le Pen, éternellement et génétiquement comptable du "detail", non plus que d'un néo-nazi remonté du fond des âges par les égouts de l'Histoire, mais de l'Académie dans sa pompe et dans sa majesté, du cercle de la raison personnifié, de la sagesse en cheveux blancs qui délivre son testament au seuil de l'au-delà. Quand le tabou ultime est violé, quand il redevient possible de re...

TOUS DES MAMADOU (1)

Les images qui nous reviennent de l'équipée présidentielle à Mayotte exercent un effet de sidération. Tout est à la fois si éclairant et si aveuglant dans les scènes offertes par ce "voyage au bout de la nuit" mâtiné de "Tintin au Congo" que le corps de Macron joue les fusibles dans nos cervelles travaillées par des affects en surchauffe. Nous sommes tentés de déployer devant le monde l'écran de cette chemise blanche agitée d'une gestuelle saccadée. Comme il était arrivé à Louis XVI, la fonction monarchique régresse à ses origines sacrificielles et se voit dévolue par l'immanence collective la douloureuse fonction de personnifier le scandale. C'est sans doute de ce même processus de mise à mort cathartique que participent les "fuites" d'un quotidien vespéral à propos de sulfureuses soirées élyséennes : voilà les tabous violés avec la même gourmandise qu'ils avaient été institués sept ans plus tôt comme une chape de plomb au-dess...

SÉCESSION

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Pas une institution du système libéral représentatif qui ne se révèle aujourd'hui comme une machine de guerre contre la population : école, élections, justice, médias, syndicats, partis politiques... Dans ces conditions, être démocrate, c'est refuser de formuler ce constat sur le registre nostalgique et sacrificiel de responsables à désigner, c'est-à-dire d'un ordre à restaurer, mais dans la perspective optimiste et révolutionnaire d'une sécession.  L'accélération de l'histoire nous donne l'opportunité de comprendre que nous ne sommes pas confrontés au dysfonctionnement d'un système. C'est nous, face à des contradictions que le délire médiatique alimente à force de vouloir les masquer, qui apparaissons comme les parties prenantes d'une gigantesque mystification collective.  Non, l'école n'a jamais eu pour vocation d'assurer une quelconque ascension sociale : l'école a aspiré et broyé les catégories populaires dans les logiques...