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LES URNES OU L'INSURRECTION

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  Nous qui parlons de politique avec passion, parfois avec acharnement, je crains que nos échanges-mêmes ne produisent un effet de loupe par lequel nous nous laissions trop facilement abuser. Alors que des dizaines de millions de nos concitoyens s'apprêtent à processionner religieusement devant les urnes dominicales, nous oublions un peu vite que nous ne sommes guère plus de 1%, peut-être 2%, de la population, à nous intéresser activement à la chose publique, à pouvoir instaurer entre nous cette horizontalité délibérative qui est la substance-même de la démocratie. Mais la démocratie réellement existante, celle à laquelle nous sommes invités à donner notre onction ce dimanche par le rituel de l'enveloppe et de l'isoloir, ce n'est pas ça du tout ! C'est 98% à 99% d'individus qui ont abdiqué toute conscience à force d'avoir été exposés sans défense au lavage de cerveau de l'école, des médias, des réseaux sociaux, et qui ne sont rien d'autre que des mas...

QUE VOULONS-NOUS ?

Dans la distance que nous savons ménager avec le récit des autres se situe notre propre volonté d'exister et de peser. Par conséquent, c'est davantage à notre rapport au récit qu'il conviendrait de travailler plutôt qu'au "fact-checking" illusoire des images dont nous sommes assaillis de tous côtés. Je pose l'alternative suivante. Ou bien cette guerre est la nôtre et nous arrêtons de nous faire croire à nous-mêmes que nous la faisons en fermant des Leroy-Merlin et des Décathlon - comme nous faisions "la guerre au virus" en enveloppant de rubalises les rayons soquettes de nos supermarchés au printemps 2020. Ou bien cette guerre n'est pas la nôtre et nous faisons peser sur les deux belligérants, en tant qu'instruments de négociation, la défense de nos propres intérêts. Pour le moment, nous offrons nos usines à l’État russe et nous renflouons ses caisses en lui réglant ses factures de gaz. Quant à l'Ukraine, tout en nous reprochant de l...

"TOUT SAUF MACRON" ?

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  Quoi ? Macron à 30% dans les sondages alors que, depuis cinq ans, il n'est pas une composante sociale ni professionnelle de ce pays qu'il n'ait méthodiquement éborgnée, confinée, insultée ? Voilà qui passe les bornes de la vraisemblance. Il ne peut s'agir que d'un blitzkrieg médiatique, d'une tentative de démobiliser l'opposition à force de marteler comme une évidence la reconduction élyséenne de l'agent Rothschild-McKinsey - ce "chef de guerre" que le monde entier nous envie... Depuis que j'ai fait campagne dans mon petit village et que j'ai personnellement expérimenté le genre de rapport servile que les gens sont capables d'entretenir avec un pouvoir qui règne sur eux par l'injustice et la maltraitance, cet argument ne me convainc plus. Nous qui sommes politisés et qui aspirons à décider de notre destin collectif, nous imaginons, depuis la bulle où nous évoluons, que c'est la norme. Or ce n'est plus le cas d'une ...

LA DEMENCE AU BOUT DE LA RAISON

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Dès lors que l'homme, devenant homme, fut capable de se projeter dans un récit collectif d’appartenance à une communauté, la violence et la civilisation se sont mutuellement nécessitées. La possibilité d’une altérité se fit jour en même temps que la volonté de la réduire : c’est la beauté de la tragédie humaine, la tension intérieure qui nous fonde en tant que sujets de relation. Que la « communauté internationale », jugeant l'Ukraine agressée et s'estimant engagée vis-à-vis d'elle, se sente fondée à prendre des mesures à l'encontre de la Russie, voilà qui paraît conforme à la logique de la guerre. Mais pourquoi, lorsque les réserves en dollars de la banque centrale russe sont gelées par les Etats-Unis, cela s’appelle une « sanction », tandis que la réplique russe qui en découle automatiquement – l’exigence d’être payé en roubles – est aussitôt stigmatisée comme une « rupture de contrat » ? D’où vient-que l’Occident, non content de s’attribuer tous les droits, s’at...

"PRIX A PAYER" : NECROLOGIE D'UNE MORALE

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" C'est le prix à payer " Madeleine Albright (1937-2022)  à propos du demi-million d'enfants tués  par les Etats-Unis en Irak   La géopolitique capitaliste est une confusion puérile du moi et de la morale. Dans son univers mental, "crimes de guerre" ne signifie pas que certaines modalités de la guerre sont criminelles mais que toute guerre est un crime à partir du moment où elle n'est pas "un prix à payer" pour la "démocratie" - s'y opposer dans ce dernier cas fait de vous un complice du "terrorisme". Il ne faut donc pas prendre au sérieux l'expression "crimes de guerre", s'imaginer qu'il soit possible d'en balancer les effets par de savantes mises en perspective ni par des contre-champs documentés. Dans le flot d'images dont nous abreuve le conflit russo-américain aux frontières de l'Europe, ce n'est pas la culpabilité des personnes qui doit nous préoccuper mais la grammaire des ima...

L’AVANT-DERNIER JOUR DE L'APOCALYPSE

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Notre-Dame-de-Lorette, Journal, le 13 mars 2022 Non loin d’Arras, au sommet d’une colline, s’élève la nécropole Notre-Dame-de-Lorette. Là, pendant des mois, un Empire et une République ont échangé la vie de dizaines de milliers d’hommes contre quelques centimètres de terrain gagnés et reperdus. Quarante-cinq mille croix, dont la forêt blanche parsème à perte de vue cet Himalaya de souffrances, signalent que chaque motte de terre, foulée nonchalamment par les curieux, est un agglomérat de sang et d’effroi. Au point culminant, pataude et lourde, une basilique de style néo-byzantin semble un bunker édifié à la hâte pour se protéger des radiations du souvenir. À la sortie du cimetière, où d’anciens combattants montent la garde sous un crachin glacial, le visiteur est invité à poursuivre son parcours dans un « musée vivant ». Des automates à l’œil vitreux, agités de mouvements saccadés, y sont censés reproduire la « vie quotidienne dans les tranchées ». Un amoncellement de reliques tombent ...

LETTRE OUVERTE AU MAIRE DE BÉZIERS

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  Mon cher Robert, Depuis deux ans, tu ne cesses de te répandre en protestations frénétiques de tes nouvelles fidélités : à Pfizer, à Macron, à l'OTAN, à la Commission européenne.   Et maintenant, comme tu as besoin des réfugiés ukrainiens pour soutenir ton projet de "Neuordnung Europas", tu t'es dit que tes propos sur les Syriens "faisaient tâche".   Alors tu as demandé "pardon". A David Pujadas !   Quelques uns s'en réjouissent. Ils disent que tu as "changé". Ta "sincérité" les émerveille. D'autres s'en offusquent. Ils se demandent de combien de doublures ta veste est équipée pour pouvoir la retourner aussi vite.   Mais non, Robert, c'est beaucoup plus grave que ça. Tu es ce que tu as toujours été depuis "Reporters sans frontière" jusqu'à la droite du FN : le BHL du pauvre.    C'est un drôle de chassé-croisé. Tandis que tu te contentes de réaffirmer tes premières amours néoconservatrices et am...